Renversement dans le monde des étoiles:
le champ magnétique de tau Bootis bascule!
Les étoiles comme le Soleil cachent sous leur surface un impressionnant mécanisme :
leur champ magnétique. Ces champs magnétiques ressemblent à ceux de simples aimants,
si ce n'est qu'ils se retournent régulièrement en échangeant leurs pôles nord et sud,
tous les 11 ans environ dans le cas du Soleil.
Pour la première fois, une équipe internationale d'astrophysiciens1,
menée par des chercheurs du CNRS,
vient de surprendre une autre étoile - tau Bootis A - en train de faire sa galipette magnétique.
Pour tau Bootis A, cette bascule magnétique semble être plus fréquente que pour le
Soleil. La planète géante en orbite rasante qu'elle héberge est-elle à l'origine
de cet emballement? Cette découverte, publiée
dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, devrait nous aider à
mieux comprendre le mécanisme des cycles magnétiques dans les
étoiles comme le Soleil.
Les étoiles comme le Soleil ne sont pas les astres doux et discrets que suggère leur
rassurante scintillation. Elles sont souvent animées d'une activité trépidante et
parées d'une couronne aux arches impressionnantes, que l'on peut admirer lors des
éclipses totales
dans le cas du Soleil. Ces manifestations tempétueuses sont dues à la présence d'un
champ magnétique, qui ressemble
à celui d'un aimant et que la couronne visualise comme la limaille de fer pour
un aimant.
Les aimants stellaires sont produits par un mécanisme complexe - impliquant à
la fois la rotation de l'étoile sur elle-même et les bouillonnements de matière qui
règnent sous la surface - similaire à celui qui produit
le champ magnétique terrestre.
C'est cet aimant qui donne le rythme au Soleil. Tous les 11 ans, l'aimant bascule et échange ses pôles
nord et sud: c'est le cycle magnétique du Soleil. On pense même qu'à plus long terme, ce champ magnétique
est capable d'influencer le climat terrestre et qu'il a pu contribuer au
petit âge glaciaire pendant le moyen-âge.
Les étoiles similaires au Soleil possèdent aussi des aimants basculants. Mais
jusqu'à récemment, il était difficile d'étudier ce phénomène sur d'autres étoiles
que le Soleil, faute de moyen d'observation approprié. En mesurant
directement le champ magnétique de ces étoiles, une équipe internationale
d'astrophysiciens1, conduite par JF Donati (LATT /
Observatoire Midi-Pyrénées / CNRS / Université Paul Sabatier) et C Moutou (LAM /
Observatoire Astronomique de Marseille-Provence / CNRS / Université de Provence),
vient de surprendre l'étoile tau Bootis A en train d'accomplir
sa bascule magnétique. Pour cette découverte, ils ont utilisé deux instruments jumeaux
baptisés
ESPaDOnS2 au
Télescope
Canada-France-Hawaii3,
et NARVAL4 au
Télescope
Bernard-Lyot5
du Pic du Midi.
Les
arches magnétiques
qu'ils reconstruisent à la surface de tau Bootis A sont aussi relativement complexes.
Légèrement plus chaude et 20% plus massive que le Soleil,
tau Bootis A
est aisément visible à l'oeil nu dans la constellation du Bouvier,
et n'est distante du Soleil que de 51 années-lumière. Ce qui la
rend encore plus intéressante, c'est qu'elle possède une planète
géante en orbite rasante. Cette planète est même si proche de l'étoile et
si massive (environ 6.5 fois plus massive que Jupiter pour une distance
orbitale 20 fois plus faible que la Terre autour du Soleil) qu'elle a
apparemment contraint la surface de l'étoile, par le biais des forces de marées,
à tourner à son propre rythme orbital - en 3 jours environ, soit près
de 10 fois plus vite que le Soleil.
Si JF Donati, C Moutou et leurs collègues ont pu surprendre tau Bootis A
en plein renversement magnétique, ce n'est probablement pas qu'une question de chance:
il semblerait que cette étoile accomplit ses bascules beaucoup plus souvent que le
Soleil, si bien que les chercheurs s'interrogent sur le rôle que joue la planète géante
sur le rythme des saisons magnétiques de l'étoile. Il est clair que dorénavant,
tau Bootis A va concentrer les regards des télescopes pour permettre aux astronomes
de ne rater aucun des futurs épisodes de la série - ce qui leur permettra aussi,
à terme, de mieux comprendre comment fonctionne la machine magnétique du Soleil et des
étoiles.
Contacts presse en France:
à Toulouse:
Jean-François Donati,
Lab d'Astrophysique de Toulouse-Tarbes, Obs Midi-Pyrénées. Tel: 0561332917,
email: donati[AT]ast.obs-mip.fr.
à Marseille: Claire Moutou, Lab d'Astrophysique de Marseille,
Obs Astronomique Marseille Provence. Tel: 0491055966,
email: claire.moutou[AT]oamp.fr.
[1]
Cette équipe comprend:
JF Donati (Observatoire Midi-Pyrenees/LATT, CNRS/UPS, France),
C Moutou (Observatoire Marseille-Provence/LAM, CNRS/UMP, France),
R Farès (Observatoire Midi-Pyrenees/LATT, CNRS/UPS, France),
D. Bohlender (National Research Council of Canada, Canada),
M Deleuil (Observatoire Marseille-Provence/LAM, CNRS/UMP, France),
C Catala (Observatoire Paris-Meudon/LESIA, CNRS/UP7, France),
E Shkolnik (University of Hawaii, USA),
A.C. Cameron (University of StAndrews, UK),
M.M. Jardine (University of StAndrews, UK) and
G.A.H. Walker (University of Victoria, Canada)
[2]
ESPaDOnS a été financé par la France
(CNRS/INSU, Ministère de la Recherche, LATT, Observatoire
Midi-Pyrénées, Laboratoire d'Etudes Spatiales et d'Instrumentation en
Astrophysique, Observatoire de Paris-Meudon), le Canada (NSERC), le CFHT et l'ESA
(ESTEC/RSSD). La première lumière d'ESPaDOnS au TCFH a été
obtenue le 2 Sept 2004.
[3]
Le fonctionnement du TCFH est financé par le Canada (NRC/CNRC), la France (CNRS/INSU) et
l'Université d'Hawaii.
[4]
NARVAL a été financé par la Région Midi-Pyrénées, le Ministère de la
Recherche, le conseil Général des Hautes Pyrénées, l'Union Européenne (FEDER) et le
CNRS/INSU. La première lumière a été obtenue le 13 Nov 2006.
[5]
Le Télescope Bernard Lyot (TBL) est financé par le CNRS/INSU.